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Sensibiliser et prévenir

Informer, sensibiliser ou prévenir ?

Les pratiques de prévention s’inscrivent dans une perspective de promotion de la santé. Les pratiques de prévention en matière de SPA chez les jeunes sont celles qui visent à prévenir les problèmes de santé physique, de santé mentale, ainsi que les conséquences psychosociales liées aux habitudes de consommation (1). Plusieurs interventions préventives auprès des jeunes et des adultes sont faites en ce qui a trait aux habitudes de consommation

d’alcool, des drogues, des jeux de hasard et d’argent et de la dépendance à Internet. Toutefois, toutes les interventions de ce type ne s’intéressent pas au même niveau de risque et leurs impacts varient en fonction de la clientèle qu’elles ciblent : les pratiques de prévention sont nombreuses. D’entrée de jeu, et afin d’y voir plus clair, il est proposé ici une distinction entre ce qu’est de l’information, de la sensibilisation et de la prévention. Les frontières entre ces trois dimensions sont plutôt poreuses et ne sont pas toujours évidentes, mais il est possible d’en tracer les grandes lignes. Suivra ensuite la description des divers types de prévention relatifs à l’usage des drogues.

Informer :

Une mesure de type informative favorise l’augmentation de la connaissance. Les personnes à qui on s’adresse et les niveaux de risque qu’elles présentent peuvent varier. La transmission des connaissances peut se faire de façon orale (en personne ou sur divers médias) ou écrite, mais elle est généralement brève et très spécifique. Dans un contexte informatif, on espère que l’information nouvellement transmise permettra d’alimenter une réflexion critique et favorisera une prise de décision éclairée.

Un dépliant informatif traitant du fentanyl (drogue de synthèse) laissé à disposition des patients dans une salle d’attente pourrait entrer dans la catégorie des mesures informatives visant l’acquisition des connaissances. Toutefois, ce même dépliant pourrait être intégré dans un programme plus étoffé de sensibilisation ou de prévention. Il est à noter qu’une information régulièrement transmise peut parfois tenir lieu de stratégie de sensibilisation (ex. : campagne publicitaire télévisuelle traitant de l’alcool au volant).

Sensibiliser :

Une mesure de type « sensibilisation » favorise l’augmentation de la connaissance, une remise en question des croyances et attitudes ainsi qu’un accroissement de la pensée critique. Une intervention de sensibilisation cible habituellement un groupe d’individus ou une période charnière dans la vie de ces individus. La sensibilisation comporte forcément de l’information, mais elle offre généralement la possibilité d’avoir des échanges interactifs et organisés avec les participants (ex. : ateliers de sensibilisation dans les écoles). Un autre mode de sensibilisation est possible par le biais de messages informatifs répétés dans divers médias (ex. : campagne publicitaire).

Un atelier interactif portant sur les drogues qui est donné dans une classe d’étudiants qui passeront bientôt du primaire au secondaire est un bon exemple de stratégie de sensibilisation. La possibilité de recevoir de l’information, d’échanger sur celle-ci, de la critiquer ou d’exprimer son point de vue favorise l’augmentation de la connaissance, une remise en question des croyances et attitudes ainsi qu’un accroissement de la pensée critique. La remise d’un dépliant informatif quant au fentanyl (drogue de synthèse) serait une mesure compatible avec un tel atelier de sensibilisation.

Prévenir :

Alors que la sensibilisation inclut de l’information, la prévention passe souvent par l’information et la sensibilisation. De façon simplifiée, on dira que la prévention cible ultimement une modification des comportements observables ou l’acquisition de compétences protectrices pour une population donnée. Lors d’une mise en place d’une pratique préventive efficace, l’augmentation de la connaissance, une remise en question des croyances et attitudes ainsi qu’un accroissement de la pensée critique sont précurseurs du changement des comportements attendus. Les stratégies de prévention comportent habituellement des interventions plus fréquentes ou répétées. La plupart du temps, elles sont transmises en « doses » plus massives, ou demandent un apprentissage plus soutenu comme dans le cas des ateliers en ligne.

Une stratégie qui comporte 5 ateliers interactifs portant sur les drogues est un bon exemple de pratique de prévention. Il est à noter que plus un groupe d’individus est en contact répété avec des stratégies préventives (information, sensibilisation ou prévention), plus il y a de chance que ce groupe adhère aux attitudes, croyances et comportements qui diminueront les risques pour lui. L’exposition répétée à ces mesures crée un effet de synergie favorable notamment à la diminution d’une prise de risque ou à l’acquisition et au maintien de comportements protecteurs.

En 1983, Gordon (2) propose une classification des interventions préventives qui regroupe les pratiques en fonction des cibles des interventions et des niveaux de risques associé (3).

Prévention universelle :

Vise la population générale, sans tenir compte du niveau de risque des individus.

Quant aux drogues :

Les stratégies de prévention universelle ciblent un sous-groupe de jeunes sans tenir compte de leurs habitudes de consommation ou de leur risque de développer une dépendance.

Prévention sélective ou ciblée :

Vise des individus ayant un risque plus élevé de développer un problème ou un trouble mental.

Quant aux drogues :

Les stratégies de prévention sélective ciblent des sous-groupes de jeunes plus à risque de développer une dépendance.

Prévention indiquée :

Vise des individus qui ont déjà des symptômes liés à un problème ou un trouble mental ; sans pour autant porter le diagnostic d’un trouble précis.

Quant aux drogues :

Les stratégies de prévention indiquée ciblent des individus qui présentent une dépendance en émergence.

Les meilleures pratiques en prévention

Le terme « meilleures pratiques » de prévention est une traduction libre de « best practice », qui fait référence aux interventions développées à partir de critères reconnus pour augmenter leur potentiel d’efficacité (4). L’usage de drogues chez les jeunes québécois : meilleures pratiques en prévention).

Il existe plusieurs programmes de prévention s’adressant aux adolescents mais à ce jour, peu ont été évalués (5). Il est donc difficile de se prononcer sur l’efficacité réelle de ces programmes. Les programmes sont souvent intuitifs et ne sont pas basés sur des critères scientifiques (6).

Comment savoir si un programme de prévention est efficace? Il existe plusieurs critères qui font l’unanimité des chercheurs et des experts dans le domaine.

La première phase de toute activité de prévention consiste en la planification. Cette phase comporte ses propres critères d’efficacité :

  • Le problème visé doit être bien défini;
  • Les objectifs d’intervention doivent être en lien avec des déterminants individuels et environnementaux (facteurs de risque);
  • Les méthodes et stratégies d’intervention doivent reposer sur des bases théoriques;
  • Les protocoles d’évaluation doivent être établis avant l’implantation des interventions.

Une fois la phase de planification terminée, il est important de mettre en place les conditions d’efficacité. Ces conditions sont nombreuses mais l’objectif ultime est de s’assurer que les interventions en prévention soient exemptes d’effets iatrogènes (7).

Qu’est-ce qu’un effet iatrogène?

Il s’agit d’un effet néfaste qui engendre l’augmentation du ou des comportements que le programme de prévention voulait prévenir. Aux États-Unis, un tiers des programmes de prévention de la dépendance chez les jeunes auraient entraîné des effets iatrogènes .

Il est important de comprendre qu’aucune intervention ne peut répondre à toutes les critères d’efficacité. Cependant, l’ensemble des actions déployées en prévention contribuera à l’atteinte des objectifs de prévention.

Liste des organismes de prévention

Action Toxicomanie
Action Dépendances
Centre Casa
Centre québecois de lutte aux dépendances
Cumulus – Prévention des toxicomanies
GRIP Montréal
L’Arc-en-ciel, prévention des dépendances
La Relance Nicolet-Bécancourt
Liberté de choisir Inc.
Regroupement en toxicomanie Prisme
Satellite – organisme en prévention des dépendances
Tangages des Laurentides


références:
(1) INSPQ (2012). L’usage de substances psychoactives chez les jeunes québécois : MEILLEURES PRATIQUES DE PRÉVENTION
(2) Gordon, R. S. (1983). An operational classification of disease prevention. Public Health. Report, 98.
(3) INSPQ (2012). L’usage de substances psychoactives chez les jeunes québécois : MEILLEURES PRATIQUES DE PRÉVENTION
(4) INSPQ (2012). L’usage de substances psychoactives chez les jeunes québécois : MEILLEURES PRATIQUES DE PRÉVENTION.
(5) Vitaro, F. et Carbonneau, R. (2003). « La prévention de la consommation abusive ou précoce de substances psychotropes chez les jeunes ». [In F. Vitaro et C. Gagnon (dir.) : Prévention des problèmes d’adaptation chez les enfants et les adolescents : Tome II, Les problèmes externalisés] Québec : Presses de l’Université du Québec, p. 335-378.
(6) Laventure, M., Boisvert, K., & Besnard, T. (2010). Programmes de prévention universelle et ciblée de la toxicomanie à l’adolescence : recension des facteurs prédictifs de l’efficacité. Drogues, santé et société, 9, 121-164.
(7) Werch, C.E. et Owen, D.M. (2002). « Iatrogenic effects of alcohol and drug prevention programs ». Journal of Studies on Alcohol. 63 (5), p. 581-590.