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Le fentanyl, qu'est-ce que c'est ?

Le fentanyl est un dépresseur du système nerveux central et un puissant analgésique opioïde de synthèse qui agit en mimant les propriétés pharmacologiques de la morphine. Ce médicament d’ordonnance est utilisé pour la gestion des douleurs intenses que d’autres antidouleurs n’arrivent pas à apaiser ou pour les douleurs postopératoires. On le prescrit aussi pour les patients ayant développé une tolérance aux autres antidouleurs opioïdes. Le fentanyl bloque les signaux de la douleur en se fixant aux récepteurs d’opioïdes du cerveau. Il est 40 fois plus puissant que l’héroïne et 50 à 100 fois plus puissant que la morphine. Il est généralement prescrit sous forme de timbre transdermique, mais on le retrouve sous plusieurs autres formes (pastilles, pilules, vaporisateur nasal, sucettes, comprimés). En pharmacie, il est distribué sous les noms de : Duragesic®, Actiq®, Sublimaze®, Fentora®, Instanyl® et Abstral®. Comme le fentanyl est un narcotique dont l’usage illicite ou récréatif peut être très dangereux, il fait l’objet de plusieurs restrictions dans de nombreux pays.

Sur le marché noir, il est utilisé pour « couper » d’autres substances psychotropes comme l’héroïne, la cocaïne, le cristal meth et les comprimés contrefaits d’oxycodone. Le fentanyl est vendu sur la rue comme étant de l’héroïne de synthèse lorsqu’il est en poudre ou de l’OxyContin ou tout autre opiacé lorsqu’il prend la forme d’un comprimé. L’utilisateur peut l’absorber de plusieurs façons : topique (par la peau), ingéré (mâché), prisé (inhalé ou reniflé), et injecté. Ainsi, le gel des timbres transdermiques peut être prélevé puis fumé ou étalé sur les gencives. On lui attribue plusieurs noms : Green beans, P’tites vertes, Egg White, Patch, Synthetic heroin, China white, Sticky, Percopop, Sticker, Persian girl, China girl, Apache, Dance Fever, Friend, Goodfella, Jackpot, Murder 8, TNT, et Tango and Cash.

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Effets et dangers du fentanyl

Le niveau de pureté et la puissance du fentanyl déterminent l’intensité de ses effets physiques et psychologiques. L’utilisateur de fentanyl issu du marché noir recherche avant tout son effet sédatif. Il arrive aussi qu’il le consomme pour soulager une ancienne douleur ou pour combattre l’arrivée des symptômes d’un sevrage. Par le biais d’une libération de dopamine au cerveau, cette molécule lui procure une sensation d’euphorie, de relaxation, de dissociation, d’apathie, de somnolence, et au final, de plénitude. Sous l’emprise du fentanyl, l’utilisateur clandestin peut présenter des changements comportementaux et psychologiques problématiques, soit un discours bredouillant, une altération de l’attention ou de la mémoire, un ralentissement psychomoteur, une agitation ou une détérioration du jugement.   

L’ajout insoupçonné de fentanyl aux drogues consommées pose un danger avéré pour l’utilisateur qui ne peut le détecter (inodore, incolore et sans saveur) dans sa drogue de prédilection. Combiné à de l’alcool, le fentanyl constitue une combinaison très dangereuse et pose un risque accru de surdose. De même, la combinaison fentanyl-dépresseur peut rapidement devenir létale en exposant l’utilisateur au développement d’une dépression respiratoire et d’un collapsus cardiovasculaire. Le risque associé au fentanyl est d’autant plus élevé que l’utilisateur est nouveau et qu’il n’a pas développé de tolérance aux opiacés ou qu’il vient de traverser une période d’abstinence ou de diminution de consommation.

Enfin, le fentanyl entraîne actuellement une hausse marquée de décès par intoxication aigüe ou surdose et est à la source d’une réelle crise de santé publique au Canada.

Intoxication aigüe ou surdose

Les signes d’une intoxication aigüe au fentanyl s’apparentent à ceux observés lors des surdoses causées par d’autres opioïdes ou opiacés (héroïne, morphine, codéine). On doit donc soupçonner une intoxication au fentanyl chez tout consommateur qui présente les signes d’une surdose aux opioïdes. Plusieurs consommateurs occasionnels ayant fait une surdose croyant prendre de l’héroïne, de la cocaïne, de l’oxycodone ou d’autres substances, avaient en réalité pris du fentanyl à leur insu. Les symptômes d’une surdose impliquant du fentanyl ou tout autre opiacé sont :

  • une respiration lente et difficile ou absente ;
  • un ralentissement des battements cardiaques ;
  • une somnolence ;
  • une diminution de la tension artérielle ;
  • une peau moite, froide et bleutée;
  • un étouffement ;
  • de petites pupilles ;
  • les lèvres et les ongles bleuis ;
  • une difficulté à rester éveillé ;
  • des vomissements ;
  • une stupeur ou une absence de mouvements;
  • un sommeil profond avec ou sans ronflements;
  • une perte de conscience ;
  • un coma ;
  • une mort très rapide par dépression respiratoire.

L’administration d’un antidote, la naloxone (Narcan® : un médicament antagoniste des opioïdes), sans éliminer l’opiacé de l’organisme, permet d’inverser pour environ 30 minutes les effets d’une surdose liée au fentanyl ou aux autres opioïdes. La naloxone permet de réveiller le sujet comateux, sauf en cas de poly-intoxication. Considérant les effets temporaires de la naloxone, et qu’une seconde dose est parfois essentielle, lorsqu’on est témoin de surdose, il est toujours recommandé de contacter les services d’urgences via le 9-1-1, car une autre surdose pourrait survenir avec l’estompement de l’effet de la naloxone.

Plusieurs types de fentanyl existent et certains sont jusqu’à 100 fois plus puissants que le fentanyl : carfentanyl, 3-methylbutyrfentanyl, 4-fluorobutyrfentanyl, acetylfentanyl, butyrfentanyl, furanylfentanyl, et W-18 et l’acrylfentanyl. Il est à noter que l’apparition récente sur le marché clandestin de l’acrylfentanyl inquiète particulièrement puisqu’il résiste à la naloxone. Aussi, la naloxone n’apporte pas toujours l’effet antidote attendu et est sans effet contre les surdoses liées aux substances qui ne sont pas des opioïdes (p. ex. cristal meth, cocaïne, LSD).

Enfin, puisque le fentanyl est souvent dissimulé et que l’utilisateur ignore la composition même du psychotrope qu’il s’apprête à consommer, il est suggéré d’informer les toxicomanes qui refusent ou ne désirent pas l’abstention de l’importance de ne jamais consommer seul, de toujours réduire la dose et de s’injecter plus lentement.

Effets chroniques

Les principaux symptômes qui résultent d’un mésusage prolongé de fentanyl sont semblables à ceux retrouvés chez les utilisateurs d’autres substances opioïdes (héroïne, morphine, codéine). Les récepteurs opioïdes sont largement distribués sur l’ensemble du cerveau, ils causent donc une panoplie de séquelles variées qui peuvent devenir chroniques. On retrouve notamment la sècheresse buccale et nasale, la constipation, la confusion mentale, la somnolence, la transpiration, les troubles sexuels (perte de la libido, impuissance, éjaculation prématurée, réduction de la fertilité et troubles menstruels) et les changements de comportements dus à une humeur instable. Comme pour les autres opiacés, l’utilisation du fentanyl peut entraîner des troubles mentaux, des troubles dépressifs, et des troubles neurocognitifs. Par ailleurs, les séquelles liées aux surdoses de fentanyl sont nombreuses et peuvent affecter notamment la mémoire (à court et long terme), la vision, l’olfaction et le cycle éveil-sommeil.

Enfin, les utilisateurs d’opiacés, dont le fentanyl, consomment souvent plusieurs substances, ils sont donc plus à risque de développer un problème de tuberculose, d’attraper l’hépatite C ou et le VIH.

Fentanyl et grossesse

Le fentanyl peut être nuisible au fœtus lors de la grossesse puisqu’il traverse la barrière placentaire. Il arrive qu’il engendre des symptômes de sevrage chez les nouveau-nés. À moins d’un avis médical contraire, ce médicament doit être évité pendant la grossesse.  

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Tolérance et dépendance

Les timbres transdermiques de fentanyl ou toute substance illicite contenant le fentanyl peuvent provoquer de la tolérance et inciter son utilisateur à augmenter les doses s’il veut ressentir la même intensité de soulagement de la douleur ou des effets sédatifs recherchés. On recommande qu’une diminution ou un arrêt de fentanyl soit toujours fait avec l’aide d’un médecin puisque des symptômes physiques excessivement douloureux et liés au sevrage sont attendus. Le sevrage peut prendre entre 2 et 4 semaines, mais certains symptômes peuvent persister plusieurs mois. Les symptômes de sevrage du fentanyl sont :

  • de l’anxiété;
  • de la dépression ;
  • une envie destructrice d’en consommer davantage ;
  • une fatigue ;
  • une diarrhée;
  • des hallucinations;
  • des vomissements ;
  • de la nausée;
  • de la sudation;
  • une gêne ou des douleurs abdominales ;
  • des tremblements;
  • des troubles du sommeil (insomnie).

Les cas de dépendance au fentanyl vendu sous ordonnance ont grimpé en flèche depuis environ une quinzaine d’années. Qu’il soit consommé à l’intérieur d’un cadre médical ou non, le fentanyl est hautement addictif et peut rapidement entraîner une forte dépendance psychologique et physique. Les personnes qui ont un historique de dépendance aux médicaments ou à d’autres substances sont plus à risque de basculer du côté de l’abus de fentanyl. Une fois installée, la dépendance physique est si puissante qu’elle portera l’utilisateur à reprendre compulsivement du fentanyl dans le but d’éviter l’apparition ou le retour de malaises physiques vécus comme intolérables et associés au sevrage du fentanyl : surstimulé chimiquement, le cerveau de l’individu produit moins de neurotransmetteurs essentiels (endorphines), il a donc besoin de sa dose de fentanyl pour conserver son équilibre. La dépendance psychologique, quant à elle, provoquera une envie irrépressible de consommer en faisant croire à son utilisateur qu’il ne peut vivre sans l’apaisement ou le plaisir que provoque le fentanyl.
Pour les consommateurs de fentanyl sous ordonnance médicale, la dépendance s’installe souvent avec le non-respect à la hausse des doses prescrites, la peur du manque ou la crainte de devoir changer d’antidouleur. En plus d’une augmentation de la dose et de la peur du manque, avec le temps l’utilisateur abusif pourra développer des marques de piqûre, des cicatrices et des abcès. Il aura souvent en sa possession du matériel propre à la préparation et la consommation (p. ex. briquets, tubes de stylo vides) et plusieurs dérivés du fentanyl (p. ex. des timbres et de la poudre).

Le traitement d’une personne dépendante au fentanyl requiert habituellement l’aide d’un professionnel de la santé. Après une période de désintoxication à l’hôpital ou en centre de désintoxication, le traitement se poursuit en priorisant la réduction des effets du sevrage (anxiété, fébrilité, nausées, douleurs musculaires, larmoiement, rhinorrhée, dilatation de la pupille, piloérection, transpiration, diarrhée, bâillement, fièvre, ou insomnie). L’utilisation d’une thérapie de substitution favorise alors un transfert de dépendance vers la méthadone, la buprénorphine ou le suboxone (un comprimé associant la buprénorphine et la naloxone destiné au traitement de la dépendance aux opioïdes). Cette thérapie de substitution permet de stabiliser le patient et facilite sa réadaptation physique et psychologique. Une prise en charge médicale et psychosociale est aussi à privilégier lorsqu’on veut maximiser les chances de succès d’une réadaptation au long cours et ainsi éviter les rechutes. Les thérapies cognitives et comportementales ainsi que les groupes d’entraide composés d’autres toxicomanes font partie des meilleures pratiques dans le soutien psychologique des personnes dépendantes du fentanyl.

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Quelques statistiques

  • Le Réseau communautaire canadien d’épidémiologie des toxicomanies (RCCET)1a remarqué pour la première fois l’apparition du fentanyl ou d’analogues du fentanyl sur le marché illicite en juin 2013. Le nombre de saisies de fentanyl s’est multiplié par 30, passant de 29 en 2009 à 894 en 2014.
  • Le Canada est maintenant le deuxième pays consommateur d’opioïdes d’ordonnance par habitant (derrière les États-Unis)2,3.
  • L’Agence de la santé publique du Canada révèle qu’au moins 2458 personnes seraient mortes de surdoses liées aux opioïdes en 2016 au Canada – soit près de sept décès par jour en moyenne.
  • Selon le RCCET1, de 2009 à 2014, au moins 655 décès où le fentanyl a été identifié comme la cause du décès ou comme un facteur ayant contribué au décès ont été recensés au Canada. Cela représente en moyenne un décès tous les trois jours pendant cette période et constitue vraisemblablement une sous-estimation.
  • En Colombie-Britannique4 seulement, près de 922 personnes sont décédées d’une surdose de drogue illégale en 2016, ce qui constitue une hausse de 80 % par rapport à 2015. Environ 60 % de ces décès étaient liés à la consommation de fentanyl.
  • Selon le RCCET1, au Québec, de 2009 à 2013, il y a eu 62 décès pour lesquels le fentanyl a été détecté et 40 décès attribuables au fentanyl classés comme nature accidentelle ou indéterminée. En tenant compte des données préliminaires pour 2014, on a recensé au moins 77 décès pour lesquels le fentanyl a été détecté et au moins 46 décès attribuables au fentanyl dans la province depuis 2009.

 


1. CCLT (août 2015). Bulletin du RCCET : Décès impliquant le fentanyl au Canada, de 2009 à 2014.

2. Davison C, Perron M. First Do No Harm: Responding to Canada’s Prescription Drug Crisis. Ottawa: Canadian Centre on Substance Abuse, 2013.

3. International Narcotics Control Board. Narcotic Drugs: Estimated World Requirements for 2013; Statistics for 2011. New York: United Nations, 2013.

4. Conférence internationale sur la réduction des méfaits (Mai 2017). Montréal. Cité dans La presse : http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201705/15/01-5098078-c-b-du-fentanyl-present-dans-80-des-echantillons-dheroine.php

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Que prévoit la loi ?

Statut légal1

La possession du fentanyl sans prescription médicale est illégale. Les drogues ainsi que les précurseurs servant à les produire sont classés aux Annexes I à VIII de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. Les infractions varient de possession simple à possession en vue du trafic, trafic, importation, exportation, possession en vue d’exportation et production. Toutes ces infractions sont passibles de sanctions criminelles.

Loi sur les bons samaritains secourant les victimes de surdose

La Loi sur les bons samaritains secourant les victimes offre une protection juridique aux personnes réclamant une aide d’urgence en cas de surdosage. La Loi est entrée en vigueur le 4 mai 2017.

Protection juridique accordée par la loi

La Loi sur les bons samaritains secourant les victimes offre une protection juridique aux personnes qui sont témoins d’un surdosage ou qui sont en train de faire un surdosage et qui composent le 9-1-1 pour obtenir de l’aide. La Loi les protège également si elles se trouvent dans la situation de violation des conditions suivantes prévues à l’article 4 (1) de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances :

  • libération conditionnelle
  • mise en liberté conditionnelle
  • ordonnance de probation
  • possession simple
  • peine conditionnelle

La Loi sur les bons samaritains secourant les victimes s’applique à quiconque réclame de l’aide d’urgence dans le cas d’un surdosage, y compris la personne en situation de surdosage. La Loi protège tant ceux qui restent sur les lieux du surdosage que ceux qui quittent les lieux avant l’arrivée de l’aide.

La Loi n’accorde pas de protection juridique dans le cas d’infractions plus graves telles que :

  • des mandats non exécutés ;
  • la production et le trafic de substances contrôlées ;
  • tous les autres crimes non précisés par la Loi.

Sauver une vie

Des surdoses se produisent souvent avec des personnes à l’entour. Rester sur place est essentiel afin de pouvoir sauver la personne en train de faire un surdosage.

Les témoins doivent :

  • appeler l’aide d’urgence ;
  • être prêt à agir en transportant sur soi de la naloxone à utiliser si vous soupçonnez un surdosage d’opioïde ;
  • donner les premiers soins, y compris la respiration de sauvetage (CPR), si nécessaire, jusqu’à l’arrivée des services d’urgence ;
  • rester calmes et rassurer la personne en attendant l’arrivée des secours ;

 


1.http://laws-lois.justice.gc.ca/fra/lois/C-38.8/TexteComplet.html

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